La téléassistance est présentée depuis vingt ans comme la réponse évidente au risque de chute d'une personne âgée qui vit seule. Elle équipe aujourd'hui 750 000 foyers en France. Ce dossier rassemble ce que les sources disent réellement : les chiffres du parc, ceux des chutes, ceux du financement — et, ce qui est plus rarement publié, l'état des preuves d'efficacité. Nous avons tenu à séparer strictement les données publiques des données produites par la filière elle-même, qui est partie prenante.

Les chutes : un problème qui s'aggrave, pas qui recule
En 2024, les chutes ont provoqué 174 824 hospitalisations et 20 148 décès chez les personnes de 65 ans et plus (Santé publique France, mars 2026). Rapportés à la population et standardisés sur l'âge, ces niveaux sont en hausse de +20,5 % pour les hospitalisations et +18 % pour la mortalité par rapport à 2019.
Santé publique France souligne deux faits qui donnent la mesure du problème. D'abord, alors que la mortalité toutes causes était plus faible en 2024 qu'en 2019, la mortalité liée aux chutes, elle, a augmenté sans discontinuer : la part des chutes dans la mortalité totale progresse. Ensuite, cette hausse dépasse ce que laissait attendre la tendance 2015-2019, particulièrement aux âges les plus avancés. Le risque est massivement concentré : le taux d'hospitalisation des 85 ans et plus est 8,6 fois celui des 65-74 ans, et leur taux de mortalité 29 fois supérieur.
Le plan national antichute visait −20 %. On a mesuré +20 %
En février 2022, le ministère des Solidarités lançait un plan national antichute triennal, avec un objectif chiffré explicite : réduire de 20 % les chutes mortelles ou invalidantes des 65 ans et plus d'ici 2024. Le plan chiffrait alors le coût des chutes à 2 milliards d'euros pour la collectivité, dont 1,5 milliard pour la seule Assurance Maladie. Son axe 5 s'intitulait « La téléassistance pour tous ».
Le résultat mesuré est à l'opposé de la cible : entre 2019 et 2024, les hospitalisations liées à une chute ont augmenté de 20,5 % et les décès de 18 %. L'écart entre l'objectif et le réel est de l'ordre de quarante points. Nous n'avons trouvé aucun rapport d'évaluation final du plan. Le même axe 5 prévoyait que des études sur l'usage de la téléassistance viennent alimenter le centre de preuves de la CNSA : nous n'avons identifié aucune publication de ce centre consacrée à la téléassistance.
750 000 abonnés, 10 % des 75 ans et plus
Le parc français compte 750 000 bénéficiaires en 2024, en croissance de 4 % sur un an, soit environ 10 % des personnes de 75 ans et plus. Ces chiffres viennent de l'étude quantitative de l'AFRATA, la fédération professionnelle du secteur — ce sont les seuls disponibles, et il faut les lire en sachant d'où ils viennent. Nous les avons recoupés avec les effectifs de population de l'INSEE : 750 000 rapportés aux 7,6 millions de personnes de 75 ans et plus donnent 9,8 %, le taux annoncé tient.
Une seule source publique donne un ordre de grandeur : le ministère de l'Économie évoque « plus de 600 000 foyers » bénéficiaires du crédit d'impôt téléassistance dans une réponse au Sénat du 5 juin 2025. Le périmètre diffère : ce sont des foyers fiscaux ayant déclaré la dépense, pas des abonnés.
Le profil des abonnés est très marqué : 84 ans d'âge moyen, 75 % de femmes. En 2024, les plateformes ont traité 7,53 millions d'appels, dont 89 % ne sont pas des urgences — la téléassistance est d'abord, en volume, un service de lien social. Elles ont enregistré 313 282 chutes détectées, en hausse de 6 %, et environ la moitié des nouveaux abonnés sont équipés d'une détection automatique.
Ce que coûte la téléassistance, et ce que l'État rembourse vraiment
Aucune source publique ne publie de prix moyen. Le portail officiel de la CNSA se borne à indiquer que le coût diffère d'un prestataire à l'autre, sans fourchette. La fourchette de 20 à 35 euros par mois qui circule partout provient de sites commerciaux : nous ne l'avons trouvée dans aucun document public et nous ne la reprenons donc pas.
Le financement, lui, est documenté. Le crédit d'impôt services à la personne couvre 50 % de la dépense, dans un plafond de 12 000 euros par an majoré de 1 500 euros par membre du foyer de plus de 65 ans, jusqu'à 15 000 euros (article 199 sexdecies du CGI). Il est restituable si l'impôt dû est inférieur. S'y ajoutent l'APA à domicile pour les GIR 1 à 4, les aides des caisses de retraite — non cumulables avec l'APA sur la même prestation — et des aides communales.
La précision décisive, et la moins connue : le crédit d'impôt ne porte que sur le service, jamais sur le matériel. La circulaire du 11 avril 2019, citée in extenso dans la réponse ministérielle de 2025, exclut explicitement « la location ou la vente du matériel nécessaire à la téléassistance ». Toute offre commerciale affichant −50 % sur un pack incluant la location du boîtier surestime donc l'avantage réel. À noter que ce crédit d'impôt est juridiquement fragile depuis une décision du Conseil d'État de novembre 2020 et fait l'objet de tentatives récurrentes de restriction.

Le niveau de preuve, que le secteur publie rarement
Le plus grand essai randomisé jamais mené sur la téléassistance est l'essai Whole Systems Demonstrator : 2 600 personnes ayant des besoins d'aide sociale, 217 cabinets de médecine générale, trois territoires anglais, douze mois de suivi, analyse en intention de traiter. Résultat : aucune réduction statistiquement significative du recours aux soins. 46,8 % des personnes équipées ont été hospitalisées, contre 49,2 % du groupe témoin (p = 0,21). Les admissions en urgence et les admissions pour chute étaient même légèrement plus nombreuses dans le groupe équipé, sans que l'écart soit significatif. Les auteurs concluent qu'aucune étude randomisée d'échelle comparable n'existe.
Sur la détection automatique, l'écart entre les performances annoncées et les performances réelles est le point aveugle du secteur. Treize algorithmes publiés, évalués non pas sur des chutes simulées par des volontaires en bonne santé mais sur des chutes réelles, obtiennent une sensibilité moyenne de 57 % et une spécificité moyenne de 83 % (Bagalà et al., PLoS ONE 2012). Et le chiffre que personne ne communique : selon l'algorithme, le nombre de fausses alertes va de 3 à 85 par jour. Des travaux plus récents et plus favorables existent, avec 80 % de sensibilité sur 15 500 heures de suivi réel, mais sur seulement seize personnes.
Nous n'avons identifié aucune revue Cochrane consacrée aux systèmes de téléassistance chez la personne âgée, ni aucun essai randomisé démontrant un effet sur l'entrée en institution ou sur la mortalité.
Ce que disent les chiffres
Le problème que la téléassistance cherche à résoudre est réel et bien documenté. Dans une cohorte prospective de personnes très âgées suivies un an, 80 % des personnes ayant chuté ont été incapables de se relever seules au moins une fois, 82 % des chutes sont survenues alors que la personne était seule, et 30 % des personnes de plus de 90 ans ayant chuté sont restées au sol une heure ou plus (Fleming et Brayne, BMJ 2008). Le temps au sol prolongé est fortement associé aux blessures graves, à l'hospitalisation et à l'entrée ultérieure en institution.
Mais le verrou n'est pas l'équipement, c'est l'usage. C'est le résultat le mieux étayé et le moins repris de toute cette littérature : dans cette même cohorte, les dispositifs d'alerte étaient largement disponibles et n'ont pas été utilisés dans la plupart des chutes ayant conduit à un temps au sol prolongé. Les motifs relevés par les auteurs sont humains, pas techniques : la personne ne juge pas la situation assez grave, elle tient à son indépendance, ou le médaillon est resté dans une autre pièce. Un dossier qui ne présente que des taux d'équipement passe à côté du sujet.
La conclusion raisonnable est donc double. Un dispositif d'alerte porté en permanence a une utilité mécanique évidente pour une personne qui vit seule — et 45 % des personnes de 85 ans et plus vivent seules. Mais il ne remplace pas ce qui fait vraiment baisser les chutes : l'aménagement du logement, l'activité physique et la révision des traitements. Poser une téléassistance sans traiter la salle de bain et les escaliers, c'est raccourcir le temps au sol sans réduire le nombre de chutes.
Cinq précautions de lecture, que nous publions plutôt que de les taire
1. Les chiffres de chutes les plus cités sont périmés de moitié. Le plan antichute de 2022 et les publications de la filière parlent encore de « plus de 100 000 hospitalisations » et « plus de 10 000 décès » par an. Santé publique France mesure en 2024 : 174 824 hospitalisations et 20 148 décès. Sur les décès, l'écart est d'un facteur deux.
2. La source du parc n'est pas neutre, et nous le disons. L'AFRATA est la fédération professionnelle du secteur. Elle porte huit propositions, dont le maintien du crédit d'impôt et l'inscription de la téléassistance comme condition d'éligibilité à l'APA. Ses chiffres sont les seuls existants sur le parc français, nous les utilisons donc — en les identifiant systématiquement.
3. Deux affirmations de la filière ne résistent pas au calcul. L'idée que les 313 282 chutes traitées représenteraient « trois chutes sur cinq survenues en France » impliquerait environ 500 000 chutes annuelles chez les seniors, alors que les seules chutes hospitalisées atteignent déjà 174 824 et que les estimations épidémiologiques se comptent en millions. Nous ne la reprenons pas. De même, la comparaison « 10 % en France contre 26 % en Suède et 32 % au Royaume-Uni » circule sans source, sans année et sans définition du dénominateur.
4. Le chiffre « 50 % de décès dans les 12 mois après une heure au sol » est doublement déformé. Sa source réelle est une étude du BMJ de 1981, et elle porte sur six mois, pas douze. C'est par ailleurs une association, pas une causalité : rester longtemps au sol est aussi un marqueur de fragilité préexistante.
5. Nous n'avons pas pu vérifier trois choses, et nous le signalons. Le prix moyen réel d'un abonnement, faute de source publique. Le nombre de départements finançant la téléassistance : aucun recensement national n'existe, ni à la DREES, ni à la CNSA, ni chez Départements de France. Et la part des bénéficiaires de l'APA équipés, indicateur qui ne semble produit par personne.
Questions fréquentes
La téléassistance est-elle utile, oui ou non ?
Elle est utile pour ce qu'elle fait réellement : raccourcir le temps passé au sol après une chute et rompre l'isolement — 89 % des appels ne sont pas des urgences. Ce qui n'est pas démontré, c'est qu'elle réduise les hospitalisations, l'entrée en institution ou la mortalité : le seul essai randomisé de grande taille n'a trouvé aucun effet significatif. Elle ne doit donc pas être présentée comme une alternative à l'aménagement du logement, mais comme un complément.
Faut-il choisir un dispositif avec détection automatique de chute ?
La détection automatique ajoute une sécurité réelle pour une personne qui risque de perdre connaissance ou de ne pas pouvoir actionner son médaillon. Mais il faut savoir ce qu'on achète : sur des chutes réelles, la sensibilité moyenne mesurée est de 57 %, et les fausses alertes peuvent être fréquentes. Elle ne dispense jamais de porter le déclencheur manuel, puisque le défaut principal reste que l'alerte n'est pas déclenchée du tout.
Ces chiffres peuvent-ils être réutilisés ?
Oui. Les données de cette page et les deux infographies qui l'illustrent sont librement réutilisables, y compris à des fins commerciales, à la seule condition de citer Ma Maison Médicale avec un lien vers cette page. Merci de conserver la distinction que nous faisons entre sources publiques et données de la filière : c'est elle qui donne leur valeur aux chiffres.
💡 Pour aller plus loin — si vous équipez un logement, commencez par ce qui fait baisser le nombre de chutes avant ce qui raccourcit le temps au sol : notre outil d'aide à l'aménagement passe le logement en revue pièce par pièce. Côté matériel, voyez nos comparatifs indépendants des détecteurs de chute, des barres d'appui, des barres d'appui sol-plafond, des sièges de douche muraux et des nez de marche antidérapants. Et retrouvez nos autres dossiers chiffrés dans la Data Room, notamment les chutes des personnes âgées et le vieillissement de la population française.